L'"année Cézanne" : ce type d’évènement, devenu international, me paraît poser un problème sur le marché des œuvres d’art muséales. Un grand nombre de musées français et étrangers veulent simultanément les œuvres du même artiste, et Cézanne n’est pas duplicable - Mozart, c’est aussi son "année" n’a, bien sûr, pas la même difficulté. Les prêts des œuvres entre musées ne sont pas soumis au rapport offre/demande, c'est davantage un marché de troc qu'on pourrait naïvement résumer à "tu me prêtes tes Cézanne, je te prêtes mes Pollock". Alors cette année, on se les arrache les Cézanne. Qui devient gagnant dans ce genre de jeu et qui en définit les règles?
En France, l'état culturel a choisit le parti pris du retour au source en favorisant la Provence, région de prédilection de Cézanne, (voir NPR comment) et a profité de la réouverture du Musée Granet d’Aix en chantier depuis 4 ans (version définitive qu’en 2007) pour y organiser l'exposition «Cézanne en Provence» de juin à septembre avec plus de 110 huiles et aquarelles prêtées par des musées du monde entier (cézanne-2006).
Mais voilà, cette exposition sera d’abord inaugurée en janvier à la National Gallery of Art de Washington (voir ici ! "Washington est un site cézannien", estime, sans rire, le conservateur des peintures européennes à la NGA. Certes une trentaine de toiles est conservée à Washington (NGA, Collection Phillips, Maison-Blanche), mais leur présence n'est pas due à l'amour de Cézanne pour cette ville mais plutôt au dédain français fin XIX pour les avant-garde, dédain non partagé par les grands collectionneurs issus des fortunes industrielles américaines qui ont acheté une grande quantité d'oeuvres de cette époque (cf P. Durand Ruel). Mais ici surprise supplémentaire, les 2 toiles prêtées par la Maison Blanche ne verront pas les cimaises du Musée Granet, la présidence refuse qu’elles quittent Washington...
Par ailleurs, Orsay ne pouvait rester de marbre et organise de février à mai l'exposition «Cézanne et Pissarro 1865-1885», en partenariat avec le MOMA (été 2005) et le Los Angeles County Museum of Art, (expo en cours), deux autres villes sans doute aussi très cézanniennes. Je ne sais pas si Orsay aura prêté ses toiles à Granet…
Donc les expos voyagent, deviennent co-organisées par les commissaires issus de multiples musées, bref la mondialisation des expos est en marche. Reste une question, une exposition ne se résume pas à l'accrochage d'oeuvres, le public a-t-il des goûts uniformes quelque soit sa nationalité, sa culture? Cela ne tend-il pas à une uniformisation des approches muséales et des goûts ?
Commentaires