artophile

in libro veritas

des musées et des femmes

LehmannNon, ce n’est pas une brève sur les récentes expositions où la femme se dénude corps et âmes, je laisse cela à plus doué que moi, c’est plutôt que le sous titre plus haut pourrait laisser supposer que l’auteur n’y voit que le XX dans l’art, il n’est rien, XY est bien présent.

Preuve en est que les deux dernières directrices de la Réunion des Musées Nationaux, Francine Mariani-Ducray et Françoise Cachin représentent avec dignité la gente féminine aux plus hautes fonctions.

A leur sujet, il est intéressant de les voir en personne d’abord confrontées puis solidaires lors de la récente émission Ce soir ou jamais (disponible sur le site de France3), débat portant évidemment sur Louvre Abu Dhabi / Atlanta etc.. sur lesquels il a déjà été assez dit.

Soutenant ici et depuis longtemps une évolution des musées vers une internationalisation, j’ai bien failli retourner ma veste devant le peu de galanterie dont Françoise Cachin (directeur honoraire de la RMN et co-auteur de l’article paru dans Le Monde) faisait l’objet lors du débat. Elle se fait allégrement bousculée par Fabrice Bousteau (rédacteur en chef de Beaux Arts Magazines) puis par un expert es-america de politique culturelle (ah chers cousins américains), à tel point que Francine Mariani-Ducray, qui lui a succédée à la RMN, vient à son secours, bel exemple de solidarité féminine.

Les levées de boucliers des signataires de la pétition de la Tribune de l'art, lourds de bons sentiments, servent souvent d’alibis à des motivations bien plus pratiques. Bilan des semaines passées :

- Henri Loyrette, président du Louvre, se démène pour continuer (j’admire son silence comme seule réponse

- Certains américains nous raillent et avec raison, le temps fera le rest

- Rykner est dans tous les médias, (et dans tous ses états) son audience explose, il avait un site, il s’est fait un nom

Pendant ce temps, le Louvre publie ses derniers chiffres, 8,5 millions de visiteurs en 2006, c’est 1 million de plus qu’en 2005, bravo.

La vue est le sens le mieux partagé du monde

MichalrovnerthewellDe regard à vision, les métaphores s'appuyant sur l'oeil peuplent la langue française et sont toujours élogieuses, la pupille de la nation est choyée par tous tandis que l'on tient à l'être aimé comme à la prunelle de ses yeux. C'est le sens aussi le plus démocratique car rare sont ceux qui n'aient pas d'avis sur uen photo, une oeuvre graphique. Et bien Usez de ce que la nature vous a doté pour choisir un artiste parmi ceux proposés par la Galerie du Jeu de Paume qui offre, - et c'est rare en France - au public d'être jury de son prix photographique. Les critères sont excellents, le résultat de la sélection à l'image de la Galerie du Jeu de Paume, éclectique et de grande qualité. VOTEZ, c'est une initiative qui intègre le public dans le processus de sélection et d' exposition. Prouvons à ceux qui critiquent sans participer, qui aiment à penser que l'art actuel est forcément guidé par l'appât du gain d'un petit groupe de personnes, artistes compris, que le public répond présent quand sa participation est demandée. Choix personnel : Eric Baudart, à la fois poétiques et magiques, ses photos techniquement innovantes transportent dans un autre univers dans lequel je me complais à rester.

Ill : Michal Rovner, photographe et vidéaste israélienne, exposée au Jeu de Paume il y a un an

Ba-da-boum ! Exception française ?

Pack3 Casse à Beaubourg! 2 oeuvres majeures prétées par le LACMA de Los Angeles et une galerie de New York au Centre Pompidou pour l'exposition "Los Angeles, Naissance d'une capitale artistique" ont été "malencontreusement cassées" (c'est le moins). Il s'agit d'une colonne en résine de Peter Alexander et d'une oeuvre en Plexiglas de Craig Kaufmann. Le public n'est pas en cause. Le curator du musée s'excuse platement sans se remettre en cause. Les artistes, galeristes et le LACAM se désolent et réclament les assurances. Faut-il y voir la suite de l'exposition "Big Bang : destruction et création dans l'art du XX siècle" ?

Les médias français ici ou la commencent à discrètement s'en faire l'écho tandis que la fureur américaine mord déjà et les artistes ou galeries contactés mettent très clairement en cause la direction du musée. A rappeller que les oeuvres ont été accrochées en présence des artistes ou de leurs responsables, il semblerait que l'une se soit décrochée de sa corniche et l'autre serait tombée du mur. Beaubourg déclare assez piteusement qu'aucun processus d'assurance n'est pour l'instant prévu, (?) ce serait la première fois que cela survient en 30 ans.

La multiplication des expositions temporaires, associées logiquement aux prêts d'oeuvres entre musées, galeries et leurs équivalents étrangers sont une manne chaque fois plus importantes pour les institutions muséales. Nombreux sont les acteurs périphériques qui mettent en cause cette accroissement des prêts compte tenu du risque couru par les oeuvres dans le transport et l'accrochage. (AFROA association française des régisseurs d'oeuvres d'art)

Table ronde à donner le tournis

Campement urbain invite ParisArt pour une table ronde autour du thème de la paupérisation de l'art le prochain 3 juin à 16h30 au Grand Palais. Les thèmes abordés n'ont guère l'air nouveaux dans leur désespérante et rituelle litanie : désengagement culturel de l'état, vicissitudes du mécénat artistique,etc. Bref, les professionnels semblent se complaire à se plaindre, comme si, hors du soutien publique, l'art et l'artiste n'auraient point de salut. A se demander comment font les autres pays... Les thèmes autour du renouvellement des formes non publiques de soutien artistique accompagnant, et même influençant, les nouvelles formes d'art n'intéressent donc personne.

Yves Michaud, dans une tribune passionnante, décrivait récemment les prémisses de ces nouveaux terrain d'expérimentation de l'art : la sociologie, l'humanitaire et l'entreprise ainsi que l'art bio-tech. C'est rafraîchissant comme une bulle de gaz qui claque sous une langue devenue pateuse à force de lire les mêmes ritournelles. Et pour les guillemets : "Il y a une crise proprement française parce que l'art français est un art d'Etat, subventionné, donc sans aucune ambition. Mais le véritable changement, c'est qu'on est passé à une forme d'art que j'appelle l'art à l' «état gazeux». Les œuvres ont disparu. Il reste des expériences fugaces, comme des parfums. C'est le succès du look, de la mode, des installations"

Emission de curiosités et/ou émission impossible

Durandei Fils de galeriste, Guillaume Durand persévère dans son envie de donner envie d’art et de « se précipiter » dans les musées, il remet le couvert une troisième fois le prochain vendredi 19 mai dans son « Exposition impossible » à 20h30 sur France 2. Viva !

Consacrée à l’art contemporain en direct depuis Beaubourg, nous serons à table avec surtout Catherine Millet , Philippe Dagen , Jean-Philippe Domecq (mais où sont Yves Michaud et Marc Fumaroli?) et accessoirement aussi, tiens, audience oblige, Jean Reno, Josiane Balasko, Claude Allègre, Olivier Picasso, Jean-François Khan.

Ne sont pas confirmés Jean-Claude Veilhan, Claude Closky, Annette Messager, Daniel Buren, Bertrand Lavier, Bruno Racine, Alfred Pacquement, Serge Lemoine, Henri Loyrette, Stéphane Martin (mais où sont Yves Michaud et Marc Fumaroli?)

Gageons que Durand ne commettra pas l’erreur qui aurait tué Campus (pourtant les chiffres d’audience prouvent l’inverse, preuve de mon mauvais goût populaire) de zapper de l’un à l’autre des invités au gré de ce que lui dit son oreillette. Ce n’est pas si souvent que sont réunis dans une émission grand public, la majorité des commentateurs français de l’art contemporain.

Et puis selon La Lettre du Conseil supérieur de l’audiovisuel de février 2004, France 2 et France 3 diffusent moins de 10% d’émissions culturelles au sens le plus strict du terme, loin derrière France 5 (37,5%) et Arte (57%). Alors à nos canapés ! Je regretterais pour une fois d'avoir une si petite TV noir et blanche.

Jean Clair a Libre Cours (France Inter)

Invité pendant une heure à l'émission Libre cours sur France Inter (disponible on line et en podcast), Jean Clair y commente le rôle d'un conservateur et les qualités requises et s'exprime sur les explications du succès de l'exposition récente Mélancolie. Au moins il ne mâche pas ses mots.

Jean_clair Son opinion concernant l'ouverture des musées français sur l'étranger ou la mise en valeur de l'art comptemporain français via la future exposition la force de l'art est très critique mais il ne propose que peu de solutions. En revanche, son insistance sur la nécessité de l'apprentissage de l'histoire de l'art dès le lycée, au même titrre que la littérature, sur le danger de la démagogie qui imprègne la politique culturelle française ( ex de la Nuit des musées qui présente en effet de nombreux risques pour les oeuvres), et sur le devoir des musées de rester ouverts jusqu'à tard dans la nuit est intéressante et tout à son honneur.

Jean Clair a été pendant quinze ans le directeur de musée Picasso. Historien d'art, critique, écrivain, il est aussi le commissaire des grandes expositions de ces dernières années : "Vienne", "L'Ame au Corps" et récemment "Mélancolie", au Grand Palais. Il vient de publier son Journal atrabilaire, dans lequl il s'exprime avec beaucoup de liberté sur la politique culturelle française.

Les galeristes, poumons du marché de l’art

Poumon Peu de données chiffrées sont disponibles en France sur l’activité des galeries d’art. C’est ce qui rend d’autant plus décevante l’étude commandée par le Comité professionnel des galeries d'art car elle n'en ajoutent que peu. ici et là.

Je recommanderais pour plus d'approfondissement le rapport réalisé par le sénateur Yann Gaillard, même si datant de 99, il éclaire d'un oeil rare le marché de l'art en France.

Quelques chiffres estimatifs…

- Les galeries pèsent 5 fois plus que les maisons de vente aux enchères dans l'économie du secteur en France.

- Le marché des acheteurs en France est chaque fois plus important (seuls 27 % des ventes se font à l'étranger)

- Les galeries sont de très petites PME, CA moyen proche de 800.000 euros avec 180.000 euros de frais fixes

- Estimation de 1,6 million de visiteurs par an dans l'ensemble des galeries françaises (100 visiteurs par semaine)

… à relativiser

- L’existence de poids lourds du secteur dérègle l’idée de moyenne, certaines galeries réalisant jusqu’à 12 millions d'euros en 2005 (Daniel Lelong)

- Il est ici uniquement question de chiffres du marché de l’art moderne et contemporain

La surprise manifestée par les commentaires sur l"optimisme" et le "dynamisme"des galeristes (88% se déclarent satisfaits de leur métier et optimiste sur l'avenir de leur galerie) montre l'écart existant entre l'image du secteur que certains observateurs semblent se complaire à dévaloriser - focalisation sur le déclin du marché français - et la réalité des acteurs du secteur.

L’Homme aura son Musée

55_trocadero2Le projet du Musée du Quai Branly (soit Musée des Arts Premiers) avait fait sortir de leurs gonds les gardiens des portes du Musée de l’Homme, réaction compréhensible avec les 600 000 pièces d'ethnographie qu’il détenait et qui doivent traverser la Seine, il était menacé de fermeture et les équipes de Branly étant largement différentes de celle du MNHN.

Après manifestations, pétitions et envois de déléguation à L'Elysée, l'annonce officielle de sa rénovation pour en faire un Musée des sciences naturelles de l'homme a dissipé certaines inquiétudes. 70 millions d'euros sont prévus pour un travail de rénovation devant s’achever vers 2011 et un concours d'architecture doit être lancé prochainement selon son directeur Bertrand-Pierre Galey.

Paris est déjà plus que riche en musées, sans affirmer que Branly devait se substituer au Musée de l'Homme (qui a vocation essentiellement pédagogique), un tel espace aurait peut être pu être mis au service d'autres types d'expositions plus "modernes".

Visuel du Palais du Trocadéro détruit en 1937 pour donner place au Palais de Chaillot

Le MAMVP retrouve un peu de son aura

Et voila le MAMVP qui rouvre ses portes en ce début février après 2 ans de travaux pour remettre le bâtiment aux normes de sécurité. Quelques nouveautés avec le café du MAM, la rénovation de la librairie du Musée et de la salle Boltanski ainsi que la création d'une salle pour présenter des vidéo.

Un musée de plus rénové après Cernushci, les Grand et Petit palais, derniers mois chargés décidément. Ici le budget atteint 15 millions d’euros qui sont financés entièrement par la Ville de Paris. Le Petit Palais avait nécessité de 72,2 millions d'euros (critique de la rénovation et le avant/après) tandis que la nef du Grand Palais avait coûté 102 millions d'euros, à chacun sa (dé)mesure.

Pag La directrice du musée Suzanne Pagé qui quittera son poste en juin, a fait de son musée l’un de ceux qui affichent la plus grosse part de recettes propres : 55 % des 5,8 millions de dépenses d’exploitation prévus en 2006 sont attendus de la billetterie et du mécénat, Le musée ne dispose que de 730 000 euros de budget d’acquisition c’est peu.

A voir au musée : Pierre Bonnard et Pierre Huyghe en temporaires et les collections permanentes, acquisitions récentes d’Hantaï, Soulages ou Arman.

Palais de Tokyo : l’atelier-musée

Portrait Janvier 2002, peu connaissait le Palais de Tokyo, il venait d’abriter le « site de création contemporaine » tel que le qualifient Nicolas Bourriaud et Jérôme Sans (interview) : un objectif « créer un lieu d'expérimentation dans lequel le plus large public pourrait voir la création en train de se faire" mais peu de financement ne bénéficiant que peu des largesses habituelles de l’état.

4 ans, 96 expositions monographiques dont plus de la moitié d'artistes français, 800.000 visiteurs après, les deux fondateurs peuvent être fiers de leur laboratoire quand ils laisseront la place en février au Suisse Marc-Olivier Walher. Bilan artistique plus qu’honorable, bilan économique sain puisque il sort au vert. C’est un lieu nouveau – en France - dans son approche et son mode de fonctionnement qu’ils ont crée. Ouvert de midi à minuit, largement financé en ressources propres via des partenariats. Trop de musées à Paris, "Le problème n'est pas trop de musées ou non, mais quel musée ? » répondent-ils avec le palais de tokyo.

Alors voilà, «Notre histoire...» , titre de leur dernière exposition est « une manière de présenter un rapport d'activité sur notre combat pour l'émergence d'une nouvelle génération d'artistes français » affirment-ils. 29 artistes âgés de 30 à 40 ans de la scène française ou vivant en France, c’est une exposition manière de présenter leur travail et de lancer la voie à de nouvelles recherches. Voir les commentaires du Monde ici et de LR là. TF 1 est partenaire, c’est suffisamment rare pour être remarqué.