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Le Musée : lieu de sociabilisation pour 59% des visiteurs

Selon une étude américaine de la Wallace Fondation, la première motivation des visiteurs de musées est de sociabiliser. C'est en fait pas surprenant, une expo est sans doute le meilleur lieu de drague qui existe : le cadre est superbe, les personnes sont disponibles, attentives, l'ambiance est feutrée, le sujet d'abordage est tout trouvé, la suite est idéale, petit restaurant ou bar à la sortie. La RMN n'a plus besoin de chercher : c'est cela la façon de ramener les français vers le musées (67% n'ont pas visité de musées au cours des 12 derniers mois selon l'étude du Credoc de juillet). Alors à quand la sélection sur le physique à l'entrée des musées, des bornes d'échanges Meetic au milieu des salles, et bien d'autres choses encore pouvant aider à générer des rencontres et leurs suites dans ces chers espaces adorés. L'étude de la Wallace dans son intégralité : Téléchargement TheDiversityofCulturalParticipation.pdf et l'étude du Credoc : Téléchargement credoc.pdf

Les « galeries d’art » low-cost : confusion des genres ?

Popart ArtGeneration, Carré d’art, Artupdéco, Envie d’art, Toast Gallery, des « galeries d’art » accessible ou low-cost fleurissent un peu partout dans la capitale depuis quelques années, offrant au public des productions à un prix très abordable, parfois définit en fonction de la taille de la toile (pourquoi pas au kilo ?). La Maison des artistes ou le CIPAC définissent une galerie comme un « diffuseur d’art », ces espaces entrent donc dans cette catégorie. Il est néanmoins certain que les marchands d’art professionnels ne se lassent pas de dénigrer la majorité de ces productions à qui il manquerait le supplément d’âme nécessaire à une vraie portée artistique.

Une approche démagogique mettrait en avant le caractère novateur et « si démocratique » de rendre accessible au plus grand nombre l’agréable possession de productions picturales, ajouterait la mise à l’étrier de certains artistes grâce à ce medium qui les fait connaître et leur permet de (sur)vivre, le tout s’appuyant sur une critique du pseudo-snobisme des galeristes traditionnels et la difficulté d’évaluer la valeur d’une œuvre d’art. Ces nouveaux espaces affichent en effet de bons résultats - 6000 toiles vendues en 2004 chez ArtUp Déco – et confirment la pertinence de leur concept par le nombre de visiteurs élevé in situ ou on line au regard de la moyenne de 93 visiteurs/semaine dans les galeries traditionnelles (étude CSA – CGPA 2005).

L’approche inverse, puriste, consisterait à bannir cette usurpation du terme de galerie d’art, ces espaces d’un autre genre étant davantage des boutiques de décoration visuelle qu’autre chose, ainsi que leur répréhensible abus du terme d’art, la production simplement originale d’un individu ne lui donnant pas forcément le caractère d’œuvre d’art mais au pire celle de pièces décoratives. Bref, ces lieux arnaqueraient le public, lui faisant croire qu’il achète de l’art à bas prix, le tout camouflé derrière l’argument de démocratisation de l’art.

Une galerie se définit par la relation étroite et souvent non contractualisée qu’elle entretient avec un artiste, un œil averti et connaisseur qui l’amène à présenter un type d’œuvres défini par un style, une époque ou une approche artistique, le tout paré d’une certaine prise de risque. Malgré tout le bien que représente la démarche du public de s’offrir des œuvres originales plutôt que des affiches reproduites, il est difficile de voir comment ces espaces, présentant parfois plus de 500 œuvres réalisées par plusieurs centaines d’artistes et dans tous les styles peuvent légitimement avoir la même perspective sur l’art qu’une traditionnelle galerie.

Une analogie musicale synthétique : il y a autant de différences entre un label indépendant et un distributeur type Fnac qu’entre une galerie traditionnelle et les galeries low cost bien que l'un comme l'autre soient très utiles au marché. La banalisation de la démarche artistique générée par le biais de ces espaces creuse le sillon du peu de crédit que le public octroie à l'art comtemporain ou à l'art abstrait.

Une initiative originale est à mettre au crédit de la Galerie Serpentine qui investit un lieu de passage, un couloir souterrain rue de rennes pour y présenter les œuvres d’artistes côtés.

Les coulisses de l’art trop souvent délaissées

Paul_durandruel__1910_1 Une œuvre est avant tout une rencontre personnelle. Rencontre avec un artiste, dont la biographie nous aidera à connaître les ressorts, rencontre avec un contexte historique dont la plus grande connaissance facilitera la compréhension de l’apparition de tel mouvement ou de tel artiste. Une œuvre d’art est une fenêtre ouverte sur cette histoire personnelle et ce contexte collectif qui a fait jaillir du cerveau d’une personne à un moment précis ce que nous contemplons là devant nos yeux.

Une exposition, un musée nous éblouit par les œuvres qu’ils nous donnent à voir. Nous parcourons les cimaises à la recherche de sensations esthétiques souvent prolongées en réflexions philosophiques et métaphysiques. Mais elles ont pour moi souvent un goût d’inachevé. Derrière chaque période, chaque œuvre est aussi présent le marchand qui a su avant les autres ou mieux que les autres identifier qu’il y avait quelque chose d’unique chez ce jeune homme, devant lui, qui présente ses productions. Je reprocherais aux institutions de mettre largement de côté, si ce n’est de totalement oublier, ces personnes.

A titre d’exemple, je ne citerais rapidement que quelques uns des marchands d’art de l’art moderne, il manquerait Vollard, Maeght, Pierre Matisse et bien d’autres.

Paul Durand Ruel, qui avait sa galerie rue Lafitte à Paris, marchand d’art des impressionnistes fin XIX qui a supporté Monet, Cézanne et bien d’autres envers et contre tous, support qui nous paraît si évident aujourd’hui. Pour preuve, la biographie que lui consacre Assouline porte le joli nom de « Grâce lui soient rendues ». C’est lui qui a du traversé l’atlantique avec des Cézanne sous le bras, qui a fait connaître et se développer aux Etats-Unis ces artistes d’avant-gardes méprisés par les collectionneurs français de l’époque. La présence de tant d’œuvres de Monet dans les musées américains en est la directe conséquence.

Daniel Henry Kahnweiler, le marchand des cubistes sans qui Juan Gris, Picasso ou Braque n’auraient tout simplement pas pu produire, faute de moyens. Michel Leiris a prolongé son travail. Une petite demeure lui est consacrée à Belfort.

Heinz Berggruen, arrivé sans le sou à Paris après sa fuite de l’Allemagne nazie, collectionneur et promoteur de Klee, Picasso, Matisse, Miro ou Frida Kahlo (dont il fut l’amant).

Autant de personnes qui mériteraient bien plus d’égards et au moins quelques pages au catalogue d’une exposition. A ce titre et concernant l’abstraction lyrique exposée au Musée du Luxembourg (L'Envolée Lyrique), ne manquez le livre de Michel Ragon « 50 d’art vivant », récit de ces années de rencontres du point de vue du rédacteur de COBRA.

Ill : Portrait de P.Durand Ruel

La trop large reproduction d'oeuvres sur la toile n'est pas au bénéfice de tous

Pour revenir sur de ce post et les réactions qu'il aie pu générer, je ne prétends en aucun cas qu'il soit illégal de reproduire en photographie une oeuvre d'art plastique sur un contenu internet, ni n'affirme que cette reproduction constitue en elle-même une oeuvre. En revanche, je cherche à attirer l'attention sur l'utilisation abusive de photographies d'oeuvres d'art plastique dans un but purement illustratif. Cela donne à voir ces oeuvres dans un contexte totalement gratuit, bien que ce soit, certes, dans un écrin bien moins valorisant que les cimaises d'un musée ou qu'un livre d'art.

A l'heure où le débat sur les reproductions d'oeuvres est ouvert dans tous les domaines artitiques : oeuvres musicales, cinématographiques mais aussi bientôt littéraires (cf la bibliothèque numérique de google), je reste surpris que la question ne soit pas clairement posée en ce qui concerne les arts plastiques. Ces débats opposent généralement auteurs, producteurs, éditeurs au public, et défense des droits à la plus large diffusion, les intérêts financiers des uns allant à l'encontre des autres.

Certains dénoncent une évolution du marché de l'art ancien ou comtemporain vers une logique totalement mercantile où régnent en maîtres les collectionneurs fortunés et où les musées voient se reduire à peau de chagrin leur capacité financière d'acquisition d'oeuvres. (Hier les deux tableaux de Francis Bacon à Londres se sont vendus à 5,16M de livres chacun). Ce sont parfois les mêmes qui ne se préoccupent guère de protéger les revenus des musées.

La dérive du gratuit touche le Fine Art

Manet  Je me suis donné pour règle stricte de ne pas illustrer cet espace avec des reproductions d’œuvres de fine art, photographiques ou picturales. Cherchant ici à faire connaître, défendre et promouvoir les lieux qui les abritent, les musées, galeries et les professions qui en vivent, commissaires, restaurateurs, artistes, je ne cède pas à la tentation de reproduire ce qui peut y être exposé. Je suis chaque jour surpris de voir aussi librement se dupliquer tout type d’œuvres sur internet. Alors que prolifèrent les galeries-virtuelles, les web-art Gallery et tout autre mise à disposition sur internet de reproduction d’œuvres contemporaines, modernes ou anciennes, se pose la question du statut de l’œuvre et de sa libre reproduction sur internet. Les catalogues d’expositions, les monographies, les livres d’art sont conçus pour cela et sont à la vente. Respectons ce travail et cette source de revenus.

C’est pour la même raison que je suis aussi en faveur de l’interdiction de la prise de photographies dans les musées. Le Louvre l’a récemment mise en place alors que c’était un des seuls musées majeurs internationaux qui le permettait encore.

Cette dérive vers une société du tout gratuit – visible très nettement en musique et bientôt en vidéo – touche très fortement le milieu culturel, un des seuls secteurs où le « produit » est unique et donc non reproductible et où sa consommation passe par son exposition au public. Il est prouvé qu’à long terme, c’est toujours au détriment de l’artiste et de sa production.

Ne tuez pas ce que vous aimez